François POMPON

Né le 9 mai 1855 à Saulieu (Côte d’Or). Mort le 6 mai 1933 à Paris. XIX°-XX° siècles. Français.
Sculpteur d’animaux, figures, médailleur.

Bourguignon, il est issu de la patrie de Claus Sluter et de Rude, du pays des tailleurs de pierre qui ont ouvré nos cathédrales. Ni paysan, ni bourgeois, fils d’un artisan ébéniste dans la ville de Saulieu, qui contentera son ambition en l’envoyant à l’école des Beaux-arts de Dijon après lui avoir appris un métier pour gagner sa vie, il travaillera donc la pierre chez le marbrier local et creusera le bois sur l’établi familial. Avec un mauvais certificat dans sa poche, sans culture littéraire et sans l’éducation de ce monde, il partira conquérir la gloire avec son vieux chandail et ses sabots pour ne réussir qu’à soixante-sept ans. A Dijon, il avait suivi les cours d’architecture puis ceux du sculpteur Dameron. L’illustrateur des vignettes romantiques, Célestin Nanteuil, alors directeur de l’école, lui avait enseigné les rudiments de la gravure. Nous possédons de cette époque plusieurs eaux-fortes d’après Watteau. En 1874, après l’obtention d’un prix municipal, candidat à une bourse pour Paris qui lui est refusée, il partait quand même en compagnie de Charbonnel, un camarade peintre mort prématurément et dont un portrait de Pompon évoque l’image d’un compagnon du Tour de France plutôt que d’un artiste. Il était de petite taille, dans son visage on découvrait d’abord des longues moustaches tombantes, un long gros nez, la mousse légère de ses fins cheveux blancs, mais ensuite sous les sourcils épais « ces sourcils qui poussent aux tailleurs de pierre – expliquait-il – pour les protéger des éclats » on s’arrêtait aux yeux calmes, si clairs, si totalement étrangers à l’inutile mensonge. A Paris, il avait continué l’apprentissage de son métier. Installé rue Saint-Jacques, puis au 3 de la rue Campagne-Première, dans un atelier minuscule, ancienne resserre d’un tripier du voisinage, atelier où devait s’écouler son existence et s’épanouir son œuvre, il entrait en relations, dès son arrivée, avec les entrepreneurs qui transformaient le Paris du Second Empire. Figures décoratives, cariatides, de la façade de l’Hôtel de Ville, en exécutant ces travaux anonymes, Pompon perfectionnait sa manière sur le chantier. Son art ? Le soir, il fréquentait la petite école des arts décoratifs, où restait le souvenir de Carpeaux. Il y fut l’élève d’Aimé Millet et de Caillé, y rencontra le sculpteur animalier Rouillard qui appuyait sa vocation. Il préparait alors ses premiers salons, envoyait au Salon des Artistes Français une Cosette inspirée des Misérables. Cependant remarqué par Mercié, l’auteur du Gloria Victis, Pompon grandissait dans l’estime des sculpteurs, en sorte que d’ouvrier, il devenait praticien. De chez Mercié, il passait chez Falguière, enfin chez Rodin. Chez celui-ci, l’artiste achèvera son évolution, mûrira sa pensée et son génie. François Pompon dans son testament léguait à l’état les quelques trois cents pièces de son œuvre, et le Museum d’Histoire naturelle, devenu dépositaire du legs, créait au Jardin des Plantes le musée Pompon qui par la suite fut transféré définitivement dans le Palais des ducs de Bourgogne, l’admirable musée de la vile de Dijon.

De son vivant, il participa aux divers Salons parisiens : des Artistes Français, d’Automne. En 1995, une rétrospective de son œuvre a été montrée au musée des Beaux-arts, palais des Etats de Bourgogne de Dijon et au musée d’Orsay à Paris.

Pendant quinze ans, il ne sera pas seulement le meilleur des patriciens de Rodin penché chaque jour sur cette sculpture impressionniste, pleine de trous et de bosses, mais dévorée de passion ; l’amoureux des champs et des bêtes s’affinera dans la société des hommes. Dans cette ambiance exceptionnelle où tout ce qui est civilisé et spirituel à Paris, défile, discute, s’enflamme, le provincial sortira de sa gangue, acquerra une étonnante érudition artistique toute de mémoire, une souplesse de répartie qui dans les derniers jours de sa vie faisaient rêver son ami Courteline. C’est peut être ce contact spirituel qui empêchera ce primitif d’être un Douanier Rousseau, peintre étonnant du folklore, pour s’extérioriser dans un large humanisme proche de Cézanne. Comme ce denier, oubliant le dessin qu’il sait parfaitement et que l’on retrouve à la seule caresse d’une main passée sur le dos d’une de ses bêtes, délaissant le lyrisme de la forme institué par Barye, exaspéré chez Rodin, il exaltera le lyrisme de la lumière dans le poli des surfaces. Apercevant sur la route une jeune oie, Pompon voudra mimer une blancheur que la sculpture apprise est impuissante à exprimer. Pour la faire blanche, il lui faudra transposer les vrais reliefs sur des plans moins profonds, mais dans une silhouette qui pourrait n’être que décorative, il introduira un équilibre de masses imposé par la lumière, une économie de détails qui sont les déterminantes d’une architecture voulue. Quand en 1908, il montre cette première tentative à son « patron », Rodin lui dit : « Tu seras un grand artiste… ». La prophétie devait se réaliser et François Pompon, riche de cet encouragement à peu près unique dans sa carrière, devait s’en souvenir toute son existence. Praticien des autres jusqu’à la guerre de 1914, son œuvre se poursuit en silence dans le même petit atelier auprès de sa femme dont le buste nous émeut par sa tendresse intérieure… Car Pompon n’a pas seulement sculpté des animaux, le visage humain l’intéresse de la même façon, mais ces journées mercenaires ne lui permettent que de rares études. Les quelques figures que nous connaissons justifient amplement l’affirmation qu’il est non un artiste spécialisé, un animalier, mais un artiste parmi les plus purs et les plus complets. Le Salon d’Automne de 1922, à Paris, devait enfin amener le succès qui prit une ampleur inattendue avec L’Ours blanc. Dix années lui restent pendant lesquelles, sans fièvre, mais avec la hâte que confère la sécurité du savoir, Pompon complètera sa suite de chefs d’œuvre. Chaque matin, il va au Jardin des Plantes, pour y modeler ses esquisses et continue l’après-midi, rue Campagne Première, leur exécution définitive. Tous les critiques du moment écrivent sur lui : Colette lui fait un bel article et Robert Rey le futur directeur de l’école des Beaux-arts, dès le début du siècle, publie un livre important. Le Cerf, le Pélican sont de cette époque. Maintenant la fin approche, une fin sans déclin, sorte d’apogée de force et de joie sereine. Le taureau commandé par la ville de Paris sera le dernier ouvrage de Pompon. Il mourra quelques jours après l’avoir achevé, étant allé jusqu’au bout de son effort, sans concessions ni faiblesses. Au retour du Salon des Artistes Français n’avait-il pas soixante-seize ans brisé le plâtre exposé, pour s’acharner encore à le recommencer.

Non lettré, non instruit mais intelligent, doué de cette finesse intuitive qui provient à la fois d’héritage paysan et d’une lucidité pascalienne, il réussira ce miracle en se servant de tout ce que peut lui donner la possession d’un métier traditionnel, parfaitement appris, de recréer, de réinventer, en enjambant les siècles, la simplicité antique que l’on trouve sur les bas-reliefs de la salle du Mastaba, au Louvre, en ajoutant même à tout ce que l’art égyptien peut avoir de formulaire, ce quelque chose qui ne s’apprend pas dans un musée, c’est-à-dire le sentiment de la vie. Considérations et souvenirs peuvent s’arrêter ici, l’œuvre de François Pompon nous parle ; c’est une leçon d’amour et la méditation d’un poète.

Christophe Lachaux antiquaire
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