Emile Antoine BOURDELLE

Né le 30 octobre 1861 à Montauban (Tarn-et-Garonne). Mort en 1929 au Vésinet (Yvelines). XIX°-XX° siècles. Français.
Sculpteur de monuments, statues, bustes, bas-reliefs, animalier, peintre de compositions mythologiques, peintre à la gouache, aquarelliste, pastelliste, fresquiste, médailleur, dessinateur. Postromantique.

Il était de famille modeste et, dès l’âge de treize ans, il dut aider à l’atelier de son père ébéniste, où il apprit à sculpter le décor des meubles. Il révérait les « quatre dieux » qui lui avaient tout enseigné : « de mon père, le meublier-charpentier, tailleur de poutres en figures, j’acquis le sens de l’architecture… D’un de mes oncles, l’Hercule tailleur de pierres, j’appris à écouter le roc, à composer tout droitement (…) en suivant les conseils de la pierre. De mon aïeul maternel, tisserand, je compris comment nouer serrées, comment faire valoir les couleurs dans les trames… » Son quatrième dieu, ancêtre paternel, menait les troupeaux, de lui il apprit à rassembler ses pensées vagabondes, comme le berger ses bêtes. Enfin le banquier Lacaze et un romancier, Emile Pouvillon, lui firent obtenir une bourse pour l’Ecole des Beaux-arts de Toulouse, qu’il fréquenta jusqu’en 1884, et dont il obtint une bourse, avec laquelle il put venir à Paris, où il fut élève de Falguière, puis de Dalou pendant trois ans à l’Ecole des Beaux-arts. Le système des concours, les thèmes mythologiques qu’on y proposait, le rebutaient «Mon art à moi, c’est la rue… » Ensuite il partagea un atelier, impasse du Maine, avec deux camarades. Ils avaient pour voisin Dalou, l’ancien communard de 1871 : « De lui, j’appris l’âpreté du compas et sa sèche autorité ». Il exécuta alors des médaillons : Arago – Carnot – Michelet, etc.

Il commença à exposer en 1884 au Salon des Artistes Français, avec un Buste du compositeur Saintis. En 1885, La Première Victoire d’Annibal lui valut une médaille. En 1891, il exposa au Salon de la Société Nationale des Beaux-arts les bustes en marbre des membres de sa famille commandés par un certain Félicien Champsaur. Ainsi se terminaient ses années de jeunesse et d’apprentissage et débutaient celles de l’essor personnel. A partir de 1910, une exposition rue Royale à la Galerie Hébrard, qui lui acheta une partie de sa production, changea matériellement sa vie. D’autant qu’au Salon de 1910, son Héraclès archer obtint un triomphe. Ensuite, il envoya chaque année au Salon des Artistes Français au moins une œuvre importante, en 1910, outre l’Héraclès, les Buste de Rodin – Buste de Mickiewicz – Carpeaux au travail, en 1911 : L’Art pastoral et le Fruit – La Vendangeuse, en 1912 : la grande Pénélope – Les Nobles Fardeaux.

C’est en 1887 qu’il débuta la série des Bustes de Beethoven, qu’il devait poursuivre toute sa vie dans vingt et une variations. En 1893 lui fut commandé le Monument aux morts de la guerre de 1870-1871 pour la ville de Montauban. Pendant trois ans, il travailla à la maquette de ce projet et la présenta au Comité de la commande en 1896. Après un accueil indifférent, voire hostile, le projet fut finalement adopté en 1897, sur intervention de Rodin, autorité alors indiscutée ; «… une œuvre épique, un des meilleurs élan de la sculpture actuelle ». Le monument fut inauguré en 1902. Cependant, au cours de ces tractation, Bourdelle connut plus personnellement Rodin. Rodin avait vingt ans de plus que lui, l’un en pleine gloire, l’autre inconnu. Au cours des années suivantes, Bourdelle fut le metteur-au-point de Rodin, son collaborateur, puis son ami. Dans une première période de ce contact, les œuvres de Bourdelle ont manifesté, par le lyrisme des attitudes, formes et expressions, l’influence postromantique de l’aîné admiré. Puis, Bourdelle ressentit la nécessité, à la fois d’échapper à l’emprise de Rodin et de reprendre conscience de sa propre sensibilité et de sa propre conception du volume sculpté. Cet éloignement du postromantisme et cette recherche d’un ordre néoclassique se manifestèrent d’abord dans l’élaboration de la Tête d’Apollon de 1900, réorientation dont il s’explique, non sans drôlerie par des images : «… et, en plus, je cherchais le rythme universel ». A partir de cette prise de conscience et de cette décision, de l’ordre de l’esthétique sinon de l’ontologique, il a crée la part la plus importante et surtout la plus personnelle de son œuvre, celle marquée de son style propre.

Se détachant de l’élan romantique, il se référa aux archaïques grecs et à la sculpture romane, étudiant, mesurant, calculant les proportions. Il eut à ce moment la commande des sculptures du Musée Grévin, celles des bustes de l’ingénieur Charles Tellier, de l’écrivain réaliste Léon Cladel. En 1912 surtout, la charge de la décoration générale, en particulier de la façade comportant une frise de quatorze mètres de long et cinq grands hauts-reliefs inspirés des danses d’Isadora Duncan et de Nijinsky, du théâtre des Champs-Elysées en collaboration avec Perret, requit une partie de son activité, outre les vingt et une figures en marbre qu’il devait y sculpter et les fresques qu’il peignit au pourtour de l’escalier. Les grandes œuvres continuèrent de se succéder : en 1913 Le Centaure mourant, exposé en plâtre en 1914 et en bronze seulement en 1925, qu’il considéra comme une de ses créations capitales, 1914 la Stèle d’Onésime Reclus, 1915 Sainte Barbe, 1916 Séléné, 1917 L’Epopée polonaise destinée, comme le buste de 1910, au Monument de Mickiewicz, 1919 le premier projet du Monument aux morts de Montceau-les-Mines qui sera achevé en 1924, de 1920 à 1925 les statues destinées au Monument du général Alvéar, 1920 la Vierge à l’offrande en pierre, élevée ensuite sur un rocher de Niederbrück dominant la vallée de Massevaux en Alsace, en 1920 aussi le projet général du Monument au poète Mickiewicz. Le Monument du Général Alvéar fut élevé à Buenos-Aires en 1923. Il conçut et exécuta là un monument dans la grande tradition des statues équestres : le général à cheval est juché sur un socle de granit, flanqué de quatre figures symboliques colossales : La Force – L’Eloquence – La Liberté – La Victoire. En 1924, il réalisa la couronne de scène de l’Opéra de Marseille, en 1925 Les Génies de l’Hartmannswillerkopf, et Sapho, en 1926 La France envoyant son salut à l’Amérique érigé à Paris, en 1927 le Temple d’Héraclès à Toulouse. Le Monument au poète Mickiewicz fut inauguré Place de l’Alma en 1928. Il avait encore créé d’autres monuments, entre autres le Monument aux morts de 1914-1918 à Montauban, comportant la statue de La France haute de neuf mètres, dont une réplique s’élève à Besançon, le Monument de Louis Pergaud à Besançon, celui des deux Corbière, dont Tristan, à Morlaix, et enfin, d’entre le millier de statues que compte son œuvre, les bustes des : Ministre chinois Hoo-Wei-Té – Sage hindou Krishnamurti – Ethnologue écossais Sir James Frazer – Anatole France – Vincent d’Indy – Auguste Perret, etc.

Ce fut la considérable carrière d’un considérable sculpteur, d’un formidable travailleur. Ce fut aussi la considérable réussite d’une carrière officielle. Cependant, il fut certainement loin de se fermer à tout, le sculpteur qui, enseignant à l’Académie de la Grande Chaumière, eut pour élèves : Germaine Richier, Alberto Giacometti, Etienne Hajdu. Dans l’histoire de la sculpture, il se situe entre Rude, Carpeaux, Rodin, et Henri Laurens, Duchamp-Villon, Lipchitz, Brancusi, entre romantisme et cubisme-abstraction. Il est exact contemporain de Maillol, mais ne ressemble pas au sculpteur du seul corps féminin épanoui. Il conçoit des projets ambitieux, sur tous les thèmes ; son style est éminemment monumental, plus soucieux de la force que de la forme. Quand Maillol sculpte en confidence le corps de la femme, à toutes destinations, son style est éminemment sensuel, plus attentif à la courbe pleine qu’à l’angle aigu. L’histoire de la sculpture rejoint de loin en loin celle de la peinture, mais en saute des jalons. En peinture, entre romantisme et cubisme : tout l’impressionnisme et ses dérivés, les premiers expressionnistes, le symbolisme et l’Art nouveau. En sculpture, entre romantisme et cubisme : pas d’impressionnistes, sauf Médardo Rosso ?, guère de traces d’expressionnisme et s’il y en a c’est chez Bourdelle quand il oublie de s’auto-styliser : le Grand Guerrier de 1898-1900, symbolisme et Art nouveau réduits aux statuettes de décoration ou alors de nouveau chez Bourdelle quand son style s’exténue en stylisation. Dans ces chaudes années de bouleversements en peinture, émergent en sculpture deux personnalités : Bourdelle et Maillol, mais en héritiers et continuateurs du passé, Maillol néoclassique hellénistique, Bourdelle se mutilant sans doute à discipliner et architecturer dans la solennité son originelle furia postromantique, où aurait pu s’affirmer le sculpteur expressionniste qui manque dans la constellation du début du siècle.

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