Albert MARQUET

Né le 27 mars 1875 à Bordeaux (Gironde). Mort le 13 juin 1947 à Paris. XX° siècle. Français.
Peintre de nus, portraits, paysages urbains, marines, natures mortes, aquarelliste, dessinateur, décorateur. Groupe des fauves.

Il arrive à Paris en 1890, où il fut l’élève de l’Ecole des Arts Décoratifs, et où Henri Matisse fut son camarade, avant d’entrer à l’Ecole Nationale des Beaux-arts dans l’atelier de Gustave Moreau ; il passa aussi par l’Académie Ranson où enseigna Sérusier. En 1906, il travaille avec Dufy en Normandie, au Havre, à Trouville. L’année suivante, il séjourne avec Matisse et Camoin à Londres.

A Paris, à partir de 1901, il exposa au Salon des Indépendants et, à partir de 1904 au Salon d’Automne ; en 1975 à Bordeaux. Il a pris part à de nombreuses expositions hors de France : à Moscou au Salon de la Toison d’Or en 1908-1909 ; à Kiev et Odessa en 1908 ; à l’Institut français de Saint-Pétersbourg en 1912 ; notamment aux Etats-Unis, à l’institut Carnegie de Pittsburgh, à Belgrade en 1960, à Hambourg et Montréal en 1974. Sa première exposition personnelle eut lieu en 1907 à la galerie Druet à Paris

Seul le hasard des rencontres, avec Matisse, Dufy, Camoin, et des dates, a pu faire placer les peintures de Marquet dans la salle des fauves du Salon d’Automne de 1905. Pour autant qu’il le tenta, Marquet ne haussa pas longtemps ses couleurs. C’est dans les harmonies de gris qu’il s’accomplit en tant que peintre de paysages voyageur, en quête de lumière qui lui convenaient.

En résumant la classification donnée par Georges Besson, on peut dater et localiser les époques d’une si large production : 1905-1907 Paris – 1907 Le Havre, Saint Jean-de-Luz – 1908 Paris, Naples, Poissy – 1909 Paris, Hambourg, Naples – 1910 Paris (les inondations), Villennes – 1911 Paris, Conflans, Honfleur, Tanger – 1912 Paris, Rouen, Collioure – 1913 Paris, La Varenne, Tanger - 1914 Paris, Rotterdam, Collioure – 1915 Paris, La Varenne – 1916 Paris, Marseille – 1917 Paris, Samois – 1918 Marseille – 1919 Marseille, Herblay – 1920 Alger, La Rochelle. La classification s’arrête à cette date de 1920. Depuis les itinéraires n’ont guère changé : le peintre quitta son atelier du quai Saint-Michel pour de plus fréquents et plus longs séjours à Alger, à moins de se contenter de trotter de son petit pas au long de la Seine, répondant à quelque mystérieux appel, plutôt en aval qu’en amont. Mme Albert Marquet a poursuivi cette classification jusqu’à la mort du peintre : 1921 Alger, Les Sables d’Olonne – 1924 Alger, Sète, Bordeaux, Bayonne – 1925 Bougie, Norvège – 1926 La Goulette, Hendaye – 1927 Alger, Rouen, Saint Jean-de-Luz – 1928 Assouan, Audierne, Paris – 1929 Paris, Poissy, Alger, Laghouat – 1930 Boulogne-sur-Mer – 1931 Paris, Triel – 1932 Alger, Santander, Vigo – 1933 Galatz, Sulina (Roumanie), Les Sables d’Olonne – 1934 voyage en U.R.S.S, Alger, Le Havre – 1935 Paris, bassin d’Arcachon – 1936 Paris, Venise, Crans, Davos – 1937 Alger, Montreux, Méricourt – 1939 Paris, Alger, Porquerolles, La Frette – 1940 La Frette, Céret, Vernet-les-Bains, Collioure – 1940-1945 Alger – 1945-1946 La Frette, Paris – 1946 La Frette, Paris, Les Grisons – 1947 Paris.

La classification qui précède a un réel intérêt. Le minutieux travail est dû à un vieil ami du peintre, Georges Besson, et, avec Francis Jourdain, porte-parole d’un groupe composé de plus d’écrivains que d’artistes plasticiens. Le grand homme de ce groupe avait été Charles Louis Philippe, le romancier de Bubu de Montparnasse. Lorsque le succès exigea une édition nouvelle du livre, Charles Louis Philippe désira qu’il fut illustré par Albert Marquet. Aussi vit-on les deux compagnons de petite taille déambuler aux alentours du « Sébasto » ; les personnages picaresques que l’on faisait poser au coin de deux rues ou devant un trottoir de mastroquet, ayant pour Albert Marquet une considération à peu près égale à celle qu’ils eussent pu accorder au moindre photographe ambulant. Au surplus, les admirables images populaires de Marquet furent refusées par l’éditeur, la commande étant donnée à un dessinateur attitré de L’Assiette au beurre, Granjouan. Le groupe d’artistes et écrivains, amis de Charles Louis Philippe, l’estimaient pour l’humilité de ses sentiments, pour son goût pathétique des plus humbles créatures, pour sa constante élection des thèmes de simplicité ; ils ont toujours voulu honorer le peintre Albert Marquet pour des vertus identiques à celles du romancier. Certains ont été jusqu’à déceler l’expression d’une sublime modestie dans les paysages de Seine, peints par Marquet campé à sa fenêtre du quai et penchant sur les eaux sa myopie de voyant. Est-ce fausser le personnage d’Albert Marquet que le voir de la sorte ? Sans doute le peintre put-il se montrer plus sensible à cette forme de l’admiration qu’à toute autre, hors quoi il demeure que toute œuvre d’art accomplie est opulence et aristocratie.

Ce peintre de paysages fluviaux a parfois abordé le portrait : A.Marquet par lui-même dessin ; parmi les peintures Portrait de Mme Lani, portrait du dessinateur et écrivain A. Rouveyre souvent reproduit par la photogravure. D’entre les figures et paysages, mentionnons : Nu debout – Nu assis – Nu aux jambes croisées – Les Deux Amies – Femme aux bas roses – Femmes arabes – La Seine au pont Marie – Notre-Dame – Le Balcon – Quai des Grands-Augustins – Le Pont-Neuf – Quai du Louvre, hiver – Pont de Conflans – Le Havre, 14 juillet – Pont Saint-Michel – Pont de la Concorde – La Trinité – L’inondation – Gare Montparnasse – La Varenne – Herblay – Collioure – Honfleur – La Rochelle – L’Estaque – Marseille – Tanger, Bou Saada – Alger, etc. Il a illustré : Mon Brigadier Triboulère de E. Montfort, Moussa le petit noir de M. Marty en outre de nombreux éditeurs ont publié soit des textes à lui consacrés et qu’il illustrait, soit des portefeuilles de ses gravures. Le paysagiste, le peintre des eaux, a trop souvent fait négliger, sinon oublier le peintre de nus qu’il fut parfois aux hasards de sa carrière. Dans son ouvrage consacré au Nu dans la peinture moderne, Francis Carco écrit « peintre du corps féminin, A. Marquet se distingue du paysagiste de façon très curieuse. Alors que l’interprète des ponts en fer indique à grands traits, parfois trop rapides, celui de la figure nue travaille patiemment et réalise avec minutie, détails et ensemble. Il représente des femmes sans saveur voluptueuse, des corps de plasticité médiocre. » Du moins est-ce là l’effet que les modèles d’Albert Marquet eussent produits sur l’esprit de Francis Carco qui les rencontra tout de même là où il fut chercher ses personnages. Albert Marquet partageait avec Charles Louis Philippe un curieux don d’attendrissement devant toute créature lui semblant figurer la beauté menacée par la misère. Il se trouve que d’autres critiques, de ceux qui n’approchent que peu Marquet, ne virent dans ces formes maigres que des signes de cruauté. Léon Werth, dans Quelques peintres, remet les choses au point : « Les nus de Marquet sont comme des témoignages irrécusables. Marquet n’est pas méfiant. Mais il n’est pas dupe ? Ceux qui le trouvent féroce n’ont pas compris qu’il méprisait l’ivresse facile. Sa sensibilité n’est pas un mysticisme. Est-il un autre hommage que l’attention ? » Il est bon que soit ainsi notée la sensualité de Marquet, peintre de nus, sensualité qui n’est pas davantage absente de l’œuvre toltoïsante de l’ami Charles Louis Philippe. Léon Werth dit aussi : « Marquet peint l’essentiel et ne prétend pas à peindre l’essence. Il choisit et ne prétend pas réaliser l’abstraction des choses. Il sait que les certitudes de la peinture ne sont pas davantage celles de la géométrie que celles de la photographie. Il a pris son parti d’être peintre. Il ne peint pas les catégories de la couleur… Les paysages de Marquet sont dramatiques parce qu’il n’est pas le tragédien, qui est grotesque, mais le chirurgien qui est attentif. La précision et la volonté véritable suffisent à tout. Pas d’effusion. Pas de sentimentalisme, pas de théories qui sont à l’esprit ce que le sentimentalisme est au cœur ». On retiendra qu’avec Léon Werth, critique fort indépendant, se trouve d’accord sur le principal, Louis Gillet, de l’Académie française : « Personne, par des moyens plus concis et plus infaillibles, n’a rendu l’atmosphère d’une journée de neige, d’une soirée pluvieuse sur les quais de Paris. Tout ce qu’il fait ravit par un mystère d’exactitude, de style et de clarté. » Le collaborateur de la Revue des deux Mondes faisant ici écho au rédacteur des libres Cahiers d’aujourd’hui, a voulu aussi noter que Albert Marquet n’a point subi cette « inquiétude » tellement en faveur quand il était jeune. Mais cette « inquiétude », Corot en fut-il jamais possédé ?

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